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Vision

Priscille Deborah est peintre, sans réserve, jusqu’au bout des doigts, jusqu’au bout de la vie. Elle maîtrise le dessin à la perfection, mais c’est à partir de la couleur qu’elle choisit de faire naître ses toiles. Pour cela, elle doit éveiller en elle, au moyen de la manipulation libre d’une palette de couleurs franches et vives le plus souvent, des états psychiques visionnaires.

Peindre, pour Priscille Deborah, est un acte rituel.

Elle ne cherche pas à représenter ce qui est, mais à ouvrir les portes de la mémoire absolue qui trame ses figures dans les arcanes du cerveau et de la vie sans nom. C’est pourquoi chacune de ses toiles est comme une naissance ou la saisie d’une apparition, la présentation d’une vision.

La force des toiles de Priscille Deborah tient en ceci que ce que l’on y voit, un visage, deux ou trois figures, un corps traversé de tensions sauvages, semble chercher à sortir d’un chaos de couleurs. Cette tension entre les formes d’un visage et les accents libres et violents des gestes du peintre qui portent la couleur confèrent à chaque figure la force d’une révélation.

Nous ne voyons pas quelque chose ou quelqu’un que nous connaissons, nous prenons acte d’une présence inconnue qui semble chercher à s’adresser à nous impérativement. C’est à la faire sortir de la toile que Priscille Deborah s’emploie, convoquant pour cela les forces les plus radicales de ces affects fondamentaux que sont le désir et la crainte.

C’est ainsi en effet qu’elle vit et conçoit son travail. Sa main est guidée par des forces auxquelles elle se doit d’obéir. Messagère de l’espoir dans la violence d’une époque douloureuse, elle vit chacun de ses gestes de peintre comme une caresse qui aurait pourtant la puissance magique du silex avec lequel les hommes d’avant l’histoire creusaient les os de leur mémoire précaire, celle de donner naissance à une partie encore inconnue du monde, celle de participer à la création encore et toujours inachevée.

Chacune de ses toiles est un condensé d’énergie pure. Il est vrai que chaque geste est exécuté comme un moment d’une danse infinie. Chaque geste est toujours le premier et le dernier, le geste unique et sans fin recommencé qui célèbre à sa manière le geste mythique et rêvé de la création.

Priscille Deborah ne sait pas ce qui va venir sur sa toile lorsqu’elle la commence. Elle sait simplement que la couleur et le geste sont les moyens par lesquels la voix impérieuse qui lui dit de peindre la conduira à révéler un peu du mystère de la vie et de l’esprit humain.

 

Jean-Louis Poitevin